1808 ! Cette année l’année-là, un jeune agriculteur de 15 ans plante sur un hectare de mauvaise terre des glands…
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Cette année l’année-là, un jeune agriculteur de 15 ans plante sur un hectare de mauvaise terre des glands…
Jusqu’à cette année 1808, si la truffe était appréciée des gourmets depuis trois siècles, François 1er pour être précis, ses origines restaient totalement obscures : certains pensaient qu’elle naissait de la foudre, d’autres prétendaient voir là une « gale » des racines du chêne, liée à la piqure d’une mouche, d’autre une pourriture provoquée par le suc tombé des feuilles ! En tout cas, la truffe demeurait un champignon entièrement sauvage, dont l’idée même de culture semblait iconoclaste.
Et puis, dix ans après 1808, Joseph Talon, le paysan de Croagnes qui avait planté ces glands, vit sa truie sortir des truffes dans ce champ pauvre et austère. Rabassier de toujours, Joseph Talon comprit vite le rapport entre les glands de 1808 et les truffes de1816 ! Et il répéta la plantation de glands en achetant des terres pauvres, pleines de cailloux, impropres aux belles cultures.
Quelques années passent, silencieuses, et puis une rumeur commence à parcourir la campagne de St Saturnin : il se passe quelque chose du côté du mas de Joseph Talon, quelque chose qui montrerait des rentrées d’argent nouvelles, insoupçonnées, incohérentes avec les cultures traditionnelles, lavande, vigne, épeautre, olives. Joseph Talon s’enrichit !! La rumeur se précise, le courtier du marché d’Apt achète beaucoup à Talon, c’est la truffe !!
Alors les champs de chêne de Talon, incompréhensibles hier, deviennent le centre des attentions. Et comme Talon travaille amoureusement ses champs de chênes, tout le monde l’imite. Et l’on plante, et l’on plante, et l’on plante : les contreforts des monts du Vaucluse, au-dessus de Saint Saturnin, se couvrent de chênes, bien alignés, plantés. Plus de 200 propriétaires plantent à St Saturnin ! Joseph Talon vend à ses collègues des plants truffiers, les premiers « plans mycorhizés » de l’histoire.
Et la rumeur enfle, dépasse saint Saturnin. A Carpentras, Auguste Rousseau, négociant en truffes fait de même en 1847, achète ses plans à Talon, présente ses truffes à l’expo universelle de Paris, et obtient la médaille d’or, grâce à la « méthode Talon ». Le Périgord s’y met à son tour, dans ses causses calcaires, dans la foulée du Sud-Est.
La culture de la truffe était née : la commune de Saint Saturnin lès Apt produisait à elle-seule en 1875, 6 tonnes de truffe.
Merci Talon !
Talon n’a jamais été très célèbre, il n’a jamais connu l’explication scientifique de son succès : la mycorhize. Mais que serait la truffe sans lui ? Et, si d’aventure vous randonnez dans les bois de Saint Saturnin, penchez-vous, regardez les pieds des chênes, et constatez : et oui, ils sont en ligne. La forêt entière est alignée ! Ce sont les anciens restes de la ruée vers la truffe, provoquée par Talon.
Nicolas Monnier
Découvrez le diamant noir de Provence avec Nicolas Monnier lors d'un séjour " Connaître et cuisiner la truffe "