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Lucien Lubrano

Lucien Lubrano écrivain provençal

Nouvel écrivain Manosquin né en 1952, Lucien Lubrano a exercé le métier de technicien en téléphonie. Passionné depuis toujours par tout ce qui touche à la science-fiction, il se lance aujourd’hui dans l’aventure éditoriale pour la première fois avec "Une lueur dans les yeux", roman de science fiction provençal, dont il écrit actuellement la suite.

"Une lueur dans les yeux" est édité par Mon Petit Éditeur : www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?produit=211

Voici l'adresse du site du roman : http://romansf.cabanova.com/

Une lueur dans les yeux

Une lueur dans les yeux roman de science fiction par Lucien Lubrano

Perdu sur une planète que je ne connais plus, dans cette Provence que je découvre, seul un garçon d’une quinzaine d’années se doute de ma véritable identité. Me croyant terroriste menaçant sa famille ou venu d’une autre planète, d’un autre temps pour anéantir la race humaine, il décide de m’éliminer. Je n’ai pas d’autre choix que de lui apprendre la terrible vérité pour sauver ma vie. Je ne sais pas ce jour là, que c’est ce même gamin devenu adulte qui accomplira la terrible mission qui hante mes nuits depuis toujours… Mission que je n’ai pas pu mener à bien.

Petit extrait

Contexte : Nicolas annonce la future catastrophe à Lucien

Là il détourne le regard, ses yeux sont dans le vide, son esprit perdu dans ses pensées. Il ne bouge plus, il ne parle plus. Je le connais bien le Nicolas, et là il est figé dans une angoisse morbide… Mais qu’est-ce qui se passe encore ?

Nicolas : « De la colline du mont d’or on peut voir presque toute la vallée, presque tout jusqu’à Cadarache, tout ce qui va disparaître… Au-delà même de Manosque. Tout va être exterminé, anéanti, la terre brûlée à plus d’un mètre de profondeur. Il ne restera plus que de la matière carbonisée… De la matière carbonisée à perte de vue. On ne retrouvera même pas les os de ces pauvres malheureux pour leur offrir une sépulture. Le plus terrible c’est qu’il n’y aura pas un cri, pas même un gémissement. Tout s’évanouira dans un silence de mort en quelques secondes comme si dieu avait honte de ce qu’ont fait les hommes. »

Je m’approche de Nicolas et le tire violemment par l’épaule.

Lucien : « Qu’est-ce que tu racontes ? C’est pas possible, explique-toi, bordel. » Nicolas a ses yeux noyés de larmes… C’est sûr il ne plaisante pas.

Nicolas : « Après votre guerre mondiale, des générations ont été attristées par les images des conséquences de la bombe atomique… Des hommes calcinés… Une petite fille qui errait le corps brûlé avec une robe encore collée à sa peau par la chaleur… Pas de couleur, tout était noir et gris. Mais moi… Lucien, moi, c’est la catastrophe de Cadarache qui hante mes nuits. Là, il n’y avait pas de gris… Non, il n’y avait que du noir… Du noir à perte de vue. Et ce silence… »

Nicolas s’arrête de parler, il ne peut plus. Il essuie ses yeux avec ses mains. Je lui donne un mouchoir en papier. Il lui faut plusieurs minutes pour se remettre. Je ne dis rien, je suis complètement effondré. Nicolas se mouche puis reprend son récit.

Nicolas : « Des images ont été prises par avion parce qu’il était impossible de marcher sur le sol tant la chaleur était intense. Il ne restait plus rien à part quelque tas de matière par-ci par-là qui étaient des immeubles qui avaient fondu et là, Lucien, j’ai compris ce qu’était qu’un silence de mort. Nous avions aussi les bandes-son de l’époque mais les commentaires étaient rares tant la vue de cette désolation était insoutenable. Nous n’entendions que de courtes phrases de temps en temps, du genre, « De la terre brûlée sur des centaines de kilomètres, c’est tout ce qu’il reste de cette Provence magnifique »… « Pourquoi autant d’innocents sont morts, n’aurions-nous pas pu éviter ce drame ? ». Même les avions ne pouvaient pas s’aventurer trop longtemps au-dessus de ces terres tant la température et la pollution étaient importantes. J’ai pu voir des images satellites de la France après ce cataclysme, la Provence n’était plus qu’une grosse tache noire comme si de l’encre était tombée sur le papier. Cette tragédie s’est déroulée des siècles avant ma naissance mais dans mes nuits j’entends toujours les rires des enfants, le chant des oiseaux, le bruit de la vie avant la catastrophe et d’un coup le silence… Le silence et le noir… Un noir profond et angoissant qui me réveille en sursaut. Ça a été un tel bouleversement que l’atmosphère terrestre s’est complètement dégradée. »